Jocelyn Chanussot, les images pour comprendre la planète

Professeur à Grenoble INP – UGA, détaché à Inria, Jocelyn Chanussot développe des méthodes d’intelligence artificielle pour analyser les observations de la Terre. Recherche, collaborations et formation autour d’un même projet : rapprocher sciences des données et sciences de l’environnement.

Dans une image satellite, Jocelyn Chanussot voit bien davantage qu’un paysage. Les informations qu’elle contient peuvent révéler une forêt en souffrance, le retrait des glaciers, des îlots de chaleur urbaine ou encore les déplacements de la surface terrestre. Mais leur interprétation exige des méthodes capables de faire émerger les indices utiles. C’est le cœur de son travail : développer des outils de traitement des images et d’intelligence artificielle, puis les confronter aux questions des scientifiques qui étudient notre planète.

Spécialiste de l’imagerie hyperspectrale, qui observe une scène dans des centaines de longueurs d’onde, il s’intéresse à ce que ces mesures permettent de distinguer au-delà de la vision humaine. « Identifier des matériaux, caractériser la végétation, détecter des changements : les applications sont multiples, explique le chercheur. Le domaine s’est progressivement élargi à d’autres formes d’observation et aux possibilités offertes par l’apprentissage profond. »

 
Construire des ponts entre les disciplines

Pour Jocelyn Chanussot, la méthode prend tout son sens dans le dialogue avec ceux qui connaissent les phénomènes observés. « Un·e géophysicien·ne cherche à mesurer un mouvement du sol, un·e écologue à comprendre l’état d’une forêt : les chercheur·es en sciences des données apportent les outils permettant d’exploiter leurs observations. » Cette complémentarité guide ses projets.

Elle est au cœur de MOHAIR, une chaire soutenue par MIAI Cluster, lancée en juin 2025, qui réunit sept équipes de six laboratoires et qu’il porte avec Sophie Giffard-Roisin, chercheuse au laboratoire ISTERRE de Grenoble, et Yajing Yan du laboratoire LISTIC de l’Université Savoie Mont Blanc à Annecy. Ses travaux portent sur les forêts, les déformations du sol et les volcans. Dans les Alpes, l’analyse de séries d’images doit notamment permettre de cartographier la mortalité des arbres. À terme, les chercheur·es souhaitent remonter dans les archives pour identifier les signes annonciateurs du dépérissement et mieux anticiper les situations critiques.

Dans le Morvan, la collaboration prend une autre forme : les méthodes d’analyse d’images viennent appuyer les travaux d’un géographe sur l’évolution des surfaces consacrées aux sapins de Noël. « L’observation à distance fournit alors des données pour étudier les usages du territoire et nourrir les réflexions des acteurs et actrices locaux. »

 
Une nouvelle équipe en préparation

Accueilli à Inria en délégation entre 2019 et 2022, Jocelyn Chanussot y est détaché depuis 2023. Il prépare aujourd’hui la création de ReSeT, pour Remote Sensing Team, une équipe consacrée à la télédétection. Son objectif est de renforcer les liens entre l’expertise méthodologique d’Inria et les besoins des laboratoires de géosciences et d’environnement.

Cette dynamique s’accompagne de collaborations avec les agences spatiales française, européenne et allemande. Elle ouvre aussi vers des disciplines plus inattendues. Dans le cadre du projet interdisciplinaire ESPACE (CDP), Jocelyn Chanussot prévoit ainsi de travailler avec des juristes sur l’utilisation des images satellitaires comme preuves légales. Comment présenter les données à un·e juge ? Quelle confiance accorder à une analyse réalisée par une IA ? Ces questions prolongent le travail scientifique jusque dans ses usages sociaux.

 
Transmettre une même vision

Former celles et ceux qui feront vivre ces collaborations constitue l’autre volet de son engagement. Avec Sophie Giffard-Roisin, il porte le nouveau master international IMAGERS, dont le M2 ouvrira en septembre 2027. Les étudiant·es y développeront une expertise en IA et en traitement des images, associée à une connaissance des applications en géosciences. « On va s’appuyer sur le caractère transverse des méthodes », explique-t-il. Les compétences acquises pourront servir à l’observation de la Terre mais aussi à tous les domaines où la vision par ordinateur est utile.

La future équipe ReSeT, la chaire MOHAIR et le master IMAGERS traduisent ainsi une même volonté : faire travailler ensemble spécialistes des données et spécialistes de l’environnement. Pour Jocelyn Chanussot, cette période est celle d’un nouvel élan, avec la possibilité de construire des projets cohérents et de mettre en œuvre une vision scientifique mûrie au fil de son parcours.