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Sandrine Brice-Profeta, directrice des études à La Prépa des INP à Grenoble « les enseignants sont géniaux, ils ont mis les bouchées doubles »

Publié le 4 mai 2020
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Confinés depuis le 16 mars dernier, les étudiants et personnels de Grenoble INP poursuivent leurs activités à distance. Sandrine Brice-Profeta, directrice des études à La Prépa des INP à Grenoble témoigne.

Sandrine-Brice-Profeta

Sandrine-Brice-Profeta

Bonjour, quel est votre ressenti sur la situation ?


« Mon ressenti a évolué : les 1ers jours étaient très stressants d’autant plus que nous avons été informés le jeudi que nous fermions le lundi, ce qui nous laissait juste un jour pour s’organiser, récupérer le matériel et informer les étudiants. Certains élèves étaient visiblement très émus car nous leur avons dit de suite que les cours ne reprendraient probablement pas avant 2 mois et ils n’avaient pas conscience que ce pourrait être aussi long.

Notre préoccupation concernait également la mise en place des moyens techniques nous permettant d’assurer l’enseignement à distance. Nous ne pouvions pas nous permettre d’interrompre les cours pendant une semaine. Heureusement les étudiants nous ont énormément aidés dans cette mise en place et nous avons vite compris qu’ils disposaient déjà des outils permettant de commencer le travail à distance.

Une fois ce cap passé, la situation est devenue un peu moins stressante même si la fin de l’année va être compliquée : les modalités de contrôle ont évolué et il va falloir adapter la technique du calcul des notes pour en tenir compte.
»
 

Qu'est-ce qui a changé dans votre façon de travailler depuis le confinement ?


« Les outils d’apprentissage ont radicalement changé. De mon côté, j’avais déjà fait des vidéos pédagogiques, mais certains enseignants ont du prendre en main la technique et tous les logiciels, ce qui a demandé un énorme travail les deux premières semaines.

Le travail avec l’équipe administrative a également changé : nous avons besoin de beaucoup plus formaliser les choses. Nous écrivons plus de procédures et il y a beaucoup de communication par mail entre nous. Cela demande plus de temps que d’habitude où lorsque l’on se croise nous traitons les dossiers en direct. Nous avons mis en place un point « visio hebdo » et nous en faisons aussi avec les étudiants, c’est très fatigant.

Il y a également le suivi personnalisé de chaque étudiant : chaque enseignant suit une dizaine d’élèves. La charge de travail a donc beaucoup augmenté.
D’un point de vue pédagogique, c’est vraiment compliqué : il est très difficile de ne pas voir nos étudiants, de ne pouvoir lire dans leurs yeux s’ils ont compris ou s’ils sont en train de réfléchir, c’est très dur à jauger à distance ! Un aspect également compliqué est la gestion des admissions de nos futurs élèves via Parcoursup et la diffusion d’informations.

Nous sommes également en train de travailler sur les nouvelles maquettes pour la rentrée 2021, et même si à distance c’est plus compliqué, c’est une réflexion que nous ne pouvons pas arrêter.
»
 

Comment maintenez-vous le lien avec vos collègues / camarades ?


« Un de mes regrets est que tous ces outils ne nous servent qu’à un usage strictement professionnel, nous n’avons pas de « cafet’ virtuelle ». Les échanges informels du midi entre collègues manquent également, même si nous échangeons par mail avec l’équipe pédagogique. Nous échangeons notamment sur les élèves repérés en difficulté (académique ou matérielle), avec une attention particulière pour les étudiants étrangers qui ont décidé de rester en France et sont souvent en difficulté affective et financière. »
 

Qu'est-ce qui est le plus difficile ? Qu'est-ce qui vous manque le plus ?


« Incontestablement, c’est le présentiel, de ne plus voir les étudiants et les collègues. Il est compliqué de ne plus avoir le feedback des élèves, certains disent quand ils ne sont pas bien, mais beaucoup ne disent rien. »
 

Vos petits trucs pour être mieux organisé ?


« Nous avons aussi beaucoup d’outils pour le travail en équipe. Nous utilisons Trello  ce qui permet de ne pas être inondé de mails ou de pas oublier des choses importantes.

Je me suis également fixé un créneau pour répondre aux mails importants la tête reposée : entre 22h et minuit, quand les enfants dorment.
»
 

Comment parvenez-vous à compartimenter vie professionnelle et vie personnelle puisque tout se joue dans un même espace ?


« Déjà en temps normal, je n’y arrive pas alors là, plus rien n’est compartimenté du tout ! Je travaille tout le temps, j’entrecoupe avec des pauses pour m’occuper du quotidien à la maison. J’ai de la chance d’avoir des enfants très autonomes pour leur âge, je sais que certains collègues qui ont des enfants plus jeunes sont dans des situations plus difficiles. »
 

Comment faites-vous pour vous détendre ?


« Je joue du piano, même si je n’ai plus mon cours hebdomadaire, cela me détend bien, c’est mon truc à moi. »
 

La première chose que vous ferez une fois le confinement terminé ?


« Prendre mon vélo et aller me promener. »
 

Comment envisagez-vous la rentrée en septembre ?


« Tous les enseignants sont très inquiets d’être en période de re-confinement en septembre : faire une reprise à distance avec des étudiants que nous ne connaissons pas. Là nous connaissons très bien nos étudiants, ils ne sont pas perdus, nous avons gardé le rythme, mais avec de nouveaux étudiants qui n’ont pas encore acquis les méthodes de travail et avec lesquels nous n’avons pas encore créé de lien nous fait peur à tous.

Notre inquiétude porte également sur les situations des élèves fragiles (problèmes de santé ou en situation de handicap…) avec lesquels nous ne pouvons pas prendre de risques. Cela pose le problème de faire à la fois un enseignement en présentiel et distanciel et pour l’instant nous n’avons ni le savoir-faire ni les moyens techniques pour y parvenir. La question se pose également pour les enseignants plus âgés : comment faire des TP à distance, par exemple ?

En tant que directrice des études, j’ai également la problématique des emplois du temps : comment prévoir ? Faudra-t-il rattraper les TP ? Pourra-t-on faire des cours en amphi ? Si tous les cours doivent être fait avec 15 élèves maximum, ce ne sera pas le même emploi du temps. Normalement les emplois du temps sont réalisés maintenant et si nous attendons trop, certains enseignants risquent de se retrouver dans des situations délicates. Le diable se cache dans les détails : la question des effectifs va conditionner tout le reste et nous n’aurons peut-être la réponse qu’au mois d’août ! Les personnels savent que ça va être compliqué : faire à la fois du présentiel et du distanciel sans idée de la maquette à l’avance, la refaire en catastrophe, c’est un gros facteur de stress !

Il y a aussi le problème de la gestion des étudiants à la rentrée. Par exemple : la question du week-end d’intégration. Pour des jeunes, il est difficile d’entendre qu’il n’y en vraisemblablement aura pas, ils ne veulent pas l’entendre : ils vont devoir mettre une croix sur la vie étudiante comme nous l’avons connu jusqu’ici. Cependant même s’ils sont très jeunes, ils sont très résilients.

Pour mettre une touche positive, je dirai que nous avons découvert et expérimenté l’enseignement à distance, ce sera intéressant à articuler avec le présentiel. Les enseignants sont géniaux, ils ont mis les bouchées doubles pour proposer des choses bien !
»


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mise à jour le 13 mai 2020

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