Krystalix récompensée pour son creuset froid magnétique

Issue du laboratoire SIMaP, la start-up Krystalix a reçu le prix spécial du jury Deep Impact 2026. Cette distinction salue une technologie destinée à produire des monocristaux avec moins de matériaux critiques et une consommation d’énergie réduite.

Deux ans après sa création, Krystalix poursuit son développement sur deux fronts. La start-up produit déjà des monocristaux pour des industriels, principalement dans l’horlogerie de luxe. Elle travaille parallèlement à la mise au point du creuset froid magnétique né des recherches menées au laboratoire SIMaP*. C’est cette innovation qui lui a valu le prix spécial du jury, dans la catégorie start-up, lors de la troisième édition du prix Deep Impact de l’arc alpin, remise le 2 juillet à Grenoble.

Des cristaux sans contact avec le creuset

Saphirs, rubis ou encore cristaux destinés aux lasers : pour fabriquer un monocristal, il faut d’abord faire fondre la matière, puis guider sa solidification à partir d’un germe. Dans les procédés classiques, le creuset qui contient le matériau fondu peut coûter très cher et introduire des impuretés dans le cristal.

La solution développée au SIMaP par Kader Zaidat et Christian Garnier avec son équipe repose sur un autre principe. Un champ électromagnétique chauffe directement la matière, tandis que les parois du creuset, refroidies à l’eau, restent froides. Une couche de matériau solidifié se forme à leur contact et protège le bain fondu d’éventuelles contaminations. Des aimants permanents freinent en outre les mouvements du liquide, afin de créer les conditions stables nécessaires à la croissance d’un monocristal.

Le procédé pourrait ainsi permettre de produire des cristaux de grande pureté sans recourir aux coûteux creusets en iridium, dont la durée d’utilisation est limitée. Le creuset froid serait, lui, réutilisable sur une longue période. Krystalix met également en avant des cycles de production plus courts, susceptibles de réduire la consommation d’énergie. Ces avantages restent à confirmer à l’échelle industrielle.

 
Une activité commerciale déjà engagée

La distinction intervient alors que Krystalix a trouvé ses premiers clients. Hébergée au SIMaP, où elle dispose de trois machines opérationnelles, l’entreprise leur fournit des cylindres de monocristaux qu’ils transforment ensuite selon leurs besoins. L’horlogerie de luxe représente aujourd’hui plus de 70 % de son activité. La défense, notamment pour les lasers et les détecteurs, ainsi que la microélectronique constituent deux autres marchés visés.

Une précision compte toutefois : les cristaux commercialisés actuellement sont produits dans des creusets classiques. Le creuset froid magnétique, raison d’être de la start-up et objet du prix Deep Impact, se trouve encore en phase de recherche et développement. « Aujourd’hui, nous avons des clients », souligne Rachid Chetouane, directeur général de Krystalix. Les contrats obtenus permettent à l’entreprise de poursuivre son activité et ses travaux, mais le passage à un pilote industriel demandera des moyens supplémentaires.

 
Faire grandir une technologie issue du laboratoire

Pour Rachid Chetouane, le prix donne de la visibilité aux bénéfices environnementaux attendus du procédé et au transfert d’une recherche scientifique vers une activité industrielle. La perspective dépasse le seul marché de l’horlogerie : en produisant en France des matériaux utilisés dans des composants stratégiques, Krystalix souhaite aussi contribuer à réduire la dépendance européenne aux approvisionnements extérieurs.

Le défi est désormais de transformer la preuve de faisabilité obtenue au laboratoire en un procédé de production reproductible, capable de répondre aux exigences des industriels. Une nouvelle étape pour cette technologie issue du SIMaP, déjà distinguée lors de la création de Krystalix par le concours i-Lab 2023.

 

*CNRS / UGA / Grenoble INP – UGA