Du laboratoire à la medtech, l’ambition du jumeau numérique

Diplômé de Grenoble INP – Ensimag, UGA, Mathieu Bailet est cofondateur et directeur technique de Twinsight. Avec ses associés, il développe un jumeau numérique du genou pour personnaliser la pose de prothèses. Un parcours à la croisée de la recherche, de l’ingénierie et de l’entrepreneuriat.

Diplômé en 2011 de Grenoble INP – Ensimag, UGA, filière modélisation, Mathieu Bailet se passionne très tôt pour la simulation numérique et les méthodes mathématiques permettant de représenter des phénomènes complexes. Son stage de fin d’études au laboratoire TIMC*, à Grenoble, lui ouvre un nouveau champ d’application : la médecine. 

Il poursuit alors avec une thèse en biomécanique, consacrée à la simulation de phénomènes physiologiques. Après des travaux en neurochirurgie, il s’intéresse notamment à la modélisation de l’accouchement pour développer des simulateurs destinés à la formation des praticiens. Cette expérience lui révèle aussi une limite du monde académique : de nombreuses innovations prometteuses restent au laboratoire, faute d’être transformées en produits.

Transformer une technologie de laboratoire en produit

Avec Marek Bucki, lui aussi diplômé de Grenoble INP - Ensimag, UGA, et Antoine Perrier, clinicien, il décide de franchir le pas. Tous trois travaillent sur une technologie de jumeau numérique issue de leurs recherches. En 2020, ils fondent Twinsight avec Mathieu Rimaud, spécialiste des dispositifs médicaux et de leur commercialisation. La complémentarité de l’équipe est déterminante : recherche, expertise clinique et expérience industrielle se combinent pour structurer le projet et lui donner une dimension entrepreneuriale.  Beaucoup de technologies prometteuses restent dans les laboratoires. Notre ambition était de les transformer en produits utiles aux médecins. 

Le jumeau numérique au service des chirurgiens

La technologie développée par Twinsight permet de créer un modèle biomécanique personnalisé du genou d’un patient. À partir d’un scanner 3D, les structures anatomiques – os, ligaments, rotule – sont modélisées puis simulées dynamiquement.

Le chirurgien peut ainsi tester différents positionnements d’une prothèse avant l’intervention et accéder à des indicateurs objectifs pour affiner sa planification.  Dans beaucoup d’industries, les produits sont simulés avant d’être fabriqués. En médecine, le patient est souvent son propre prototype. L’idée est justement de pouvoir tester virtuellement avant l’opération , explique l’ingénieur.

Du développement scientifique au management technique

Au sein de la start-up, Mathieu Bailet occupe aujourd’hui le poste de directeur technique. Si les débuts étaient consacrés au développement scientifique – modélisation, traitement d’images, simulation numérique et intelligence artificielle –, son rôle a évolué avec la croissance de l’entreprise.

Twinsight compte désormais treize collaborateurs, dont une majorité d’ingénieurs. J’ai dû apprendre à structurer les développements et à manager une équipe, confie-t-il. Pour accompagner cette évolution, les fondateurs ont suivi le programme Challenge Plus d’HEC, destiné aux entrepreneurs issus du monde scientifique.

Un ancrage grenoblois fort

Malgré son développement international, Twinsight reste étroitement liée à l’écosystème grenoblois. L’entreprise collabore avec le laboratoire TIMC au sein d’un laboratoire commun et recrute régulièrement des diplômés locaux. Nous gardons des liens forts avec Grenoble INP - Ensimag, UGA. Les formations sont excellentes et c’est un vivier de talents pour l’entreprise.

En 2024, la start-up a franchi une étape majeure en obtenant une autorisation de la FDA pour commercialiser sa solution aux États-Unis, premier marché mondial de la prothèse de genou. Une avancée décisive pour la jeune entreprise, qui travaille déjà à étendre sa technologie à d’autres articulations.

*CNRS / UGA / VetAgro Sup / Grenoble INP - UGA

Crédits Photos : Twinsight