Sur le plat, un cycliste consacre l’essentiel de son énergie à vaincre deux types de résistances : l’aérodynamisme et le roulement. Pourtant, ces paramètres restent difficiles à mesurer en conditions réelles. Jusqu’à présent, les équipes professionnelles avaient recours à des infrastructures lourdes et coûteuses, comme les souffleries ou les vélodromes.
Créée fin 2020 à Meylan par Manuel Sellier, ingénieur passé par STMicroelectronics et Soitec, la start-up Aeroscale s’attaque à ce problème en développant une solution capable de transposer la soufflerie… directement sur la route. Son dispositif combine plusieurs capteurs et un protocole breveté afin d’estimer avec précision la « facture énergétique » globale d’un cycliste en mouvement. « Cette approche permet d’objectiver l’impact d’un changement de position, de casque, de pneus ou d’équipement, explique-t-il. Les équipes professionnelles et les équipementiers peuvent ainsi comparer différentes configurations et identifier celles qui réduisent le plus les frottements. »
Une contribution des étudiants de Grenoble INP – Esisar, UGA
Dans le développement de cette technologie, Aeroscale s’est appuyée sur les projets industriels menés par les étudiant·e·s de Grenoble INP – Esisar, UGA, école d’ingénierie spécialisée dans les systèmes embarqués et les objets communicants.
Dans le cadre d’un projet industriel Easytech, un groupe d’étudiant·es a travaillé sur la conception d’un prototype de capteur de puissance destiné à servir de référence pour les mesures. L’objectif était de comparer les données obtenues avec celles des capteurs de puissance du commerce et d’analyser leur précision dans le contexte spécifique des protocoles de mesure développés par Aeroscale.
Ce travail a contribué à améliorer la fiabilité du système et à mieux comprendre les limites des capteurs existants. L’un des étudiants impliqués dans le projet, le Brésilien Juan Vasconsuelos Lopez, a d’ailleurs prolongé l’aventure par un stage au sein de la start-up. Il est désormais de retour à Grenoble INP – Esisar, UGA, pour y préparer une thèse.
De la recherche appliquée à l’innovation
Aujourd’hui, Aeroscale poursuit ses développements avec deux axes complémentaires. D’une part, l’entreprise propose des prestations de mesure avancées auprès d’équipes professionnelles et d’équipementiers, via son service Bike Speed Lab. D’autre part, elle prépare le lancement d’une solution embarquée destinée au grand public, baptisée Wasted Watts Tracker.
Cette technologie pourrait à terme dépasser le seul domaine du cyclisme. Les méthodes développées par la start-up permettent en effet de caractériser les pertes énergétiques de tout système roulant, ouvrant des perspectives dans le domaine des mobilités et de l’efficacité énergétique.
Une collaboration envisagée avec le GIPSA-lab
Pour poursuivre l’amélioration de sa solution, Aeroscale envisage désormais de renforcer ses liens avec l’écosystème académique grenoblois. Un projet de collaboration est actuellement à l’étude avec le GIPSA-lab*, autour des méthodes de fusion de données.
L’objectif serait de simplifier certains dispositifs de mesure, notamment en explorant des alternatives technologiques au GPS centimétrique actuellement utilisé. En combinant plusieurs sources d’information, les chercheur·es pourraient contribuer à rendre ces mesures plus robustes et plus faciles à déployer.
Cette collaboration illustrerait une nouvelle fois la dynamique entre start-up technologiques et laboratoires de recherche du site grenoblois, où l’expertise académique vient nourrir l’innovation industrielle.
*CNRS / UGA / Grenoble INP - UGA