Grenoble INP Rubrique Institut 2022

Disparition de Philippe Traynard, passionné de science et de montagne

Philippe Traynard s’est éteint le 11 janvier 2011, à l’âge de 94 ans. Il a été président de l'Institut polytechnique de Grenoble de 1976 à 1981. Toute sa vie, il a su garder une place de choix pour sa famille et sa grande passion, la montagne. Portrait de cet homme de sciences et d'évasion.
Un sommet nouveau chaque semaine. C'est la discipline à laquelle Philippe Traynard s'est astreint des années durant. Entré à l'Ecole Normale Supérieure de la rue d'Ulm en 1937 dans la section Physique-Chimie, ce fils de mathématicien s'est souvent laisser guider par le destin, en matière de choix de vie. Philippe Traynard, à côté de Paul Jacquet, pour les 100 ans de l'EFPGSurpris par la guerre pendant ses études, qui se terminent en 1942 à l'Ecole Normale Supérieure par l'agrégation où il est reçu premier, il réalise sa thèse sur l'effet Raman quantitatif. En effet, ce sujet ne nécessitait pas de produits chimiques impossibles à trouver à l'époque. Marié pendant la guerre, il a déjà quatre enfants en 1946, et une idée en tête : fuir Paris. "Quatre ans de guerre, c'était suffisant ! C'est comme ça que je me suis retrouvé en Suède, dans le laboratoire de Sevedberg, prix Nobel de chimie, chez qui j'ai introduit l'effet Raman." Peu après, il est nommé maître de conférences à Grenoble, et entre au laboratoire de René Heilman en 1948, puis dans celui de Marcel Chêne, à l'INP Grenoble - EFPG en 1951. En 1954, il participe, avec le doyen Louis Weil, au lancement de la promotion du travail, amorce du CUEFA. En 1956, il est appelé par Louis Néel à participer à la création du CENG en créant un laboratoire de "chimie de la matière sous rayonnement", qu'il dirige jusqu'en 1971. Scientifiquement, c'est une période très riche qui se traduira par le dépôt de plusieurs brevets, dont un porte sur une nouvelle méthode de blanchiment de la pâte à papier par l'oxygène... Bouleversé par le décès accidentel de deux de ses enfants et d'une belle-fille en 1968, la vie de Philippe Traynard prend une nouvelle tournure. Il devient directeur de l'Ecole de Papeterie en 1971, puis de 1976 à 1981, président de l'Institut National Polytechnique de Grenoble. Juste après Louis Néel, et avant Daniel Bloch. Pendant six ans, il dirige l'institut, alors constitué de six écoles : électrotechnique, radioélectricité, mathématiques, hydraulique, électrochimie et papeterie. Celles-ci avaient été regroupées par Louis Néel dans l'Institut Polytechnique de Grenoble, mais l'assemblage était encore assez fragile. "On peut dire que j'ai passé le plus clair de mon temps à essayer de faire travailler ensemble des gens qui ne pensaient pas forcément avoir un intérêt à le faire ! La charge présidentielle était très importante : la moindre décision nécessitait un voyage à Paris, où je me suis rendu jusqu'à trois fois par semaine pendant des années !" Modeste, il précise qu'il a œuvré longuement pour rattacher l'Ecole Française de Papeterie, dont il fut directeur pendant plusieurs années, à l'Institut. "Il m'aura fallu présenter pas moins de douze dossiers pour que le projet soit enfin accepté par le Ministère !" C'est aussi à lui que l'on doit d'avoir imposé au directeur de l'Ecole de Radioélectricité de l'époque d'intégrer quelques cours de microélectronique à son programme. "Ce ne sera qu'un feu de paille!" lui répond-on dans un premier temps. On connaît la suite... Philippe Traynard, lors de son discours pour les 100 ans de l'EFPGSon travail, il l'a beaucoup aimé. Mais son cœur a toujours appartenu avant tout à sa famille, nombreuse, et à la montagne, où il s'est échappé tous les week-end en compagnie de sa femme. "J'arrivais le lundi matin en cours les yeux marqués, mais pour rien au monde je ne me serais passé de ces escapades hebdomadaires, qui me permettaient d'oublier les soucis du quotidien et de me rapprocher de l'essentiel" confie-t-il. Il a d'ailleurs écrit plusieurs livres sur la montagne, passion qui revêt pour lui un caractère quasi mystique. Il a, de plus, été Président du Club alpin de Grenoble pendant 10 ans, président de la Fédération de la montagne. Il a aussi œuvré dans les parcs nationaux, en particulier celui de la Vanoise dont il a été président du Conseil Scientifique. Pour ses 90 ans, qu'il avait fêtés en novembre 2006, le Club alpin français avait organisé en son honneur une petite fête, au cours de laquelle Michel Destot, député-maire de Grenoble, lui avait remis la médaille de la ville. Par la disparition d'un des pères fondateurs de l'INP, c'est une page de l'histoire de notre Institut qui se tourne. Adieu, monsieur Traynard !