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Innover pour un avenir durable

Institut polytechnique de Grenoble

Grenoble Institute of Engineering
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Brigitte Plateau a coprésidé le conseil d’administration de l’IFCEN le 24 octobre 2012 à Zhuhai

Le 3ème conseil d'administration de l'IFCEN (Institut franco-chinois de l'énergie nucléaire) s'est tenu le 24 octobre 2012 à Zhuhai, en Chine du sud, et a été coprésidé par les professeurs Xu Ningsheng, président de l'université Sun Yat-sen, et Brigitte Plateau, administrateur général de Grenoble INP. Cette visite, qui aux dires des participants a été très réussie, donne l'occasion de faire le point sur le développement de l'IFCEN, qui avait ouvert ses portes en septembre 2010.

Quelques chiffres d'abord pour mieux situer l'IFCEN dans le contexte énergétique de la Chine. La Chine met actuellement en service une nouvelle centrale thermique à charbon par semaine. La part du nucléaire dans son mix énergétique ne couvre que 1% de la production. Alarmée par les conséquences du rejet massif de CO2 dans l'environnement, la Chine souhaite porter la part du nucléaire à 7 ou 8% de son mix énergétique à l'horizon de 2040. C'est donc à un effort d'équipement colossal qu'elle doit procéder, si elle veut tenir ses objectifs. Plusieurs nouvelles centrales nucléaires sont ainsi en construction, dont celle de Taishan en partenariat avec EDF et Areva, où sont construits des EPR (European Pressurized Reactor). Le programme nucléaire de la Chine n'a d'équivalent que celui de la France dans les années 70 et 80, et c'est tout naturellement que la CGNPC (China Guangdong Nuclear Power Company), partenaire historique d'EDF en Chine, et l'université Sun Yat-sen de Canton se sont tournés vers les Français pour les aider à monter une grande école d'ingénieurs dédiée au nucléaire.

Du côté français, c'est un consortium d'établissements d'enseignement supérieur et de recherche qui a entrepris de monter l'IFCEN en partenariat avec l'université Sun Yat-sen. Le consortium comprend l'Institut polytechnique de Grenoble, qui en est le pilote, l'école des mines de Nantes, l'école de chimie de Montpellier, Chimie ParisTech et le CEA-INSTN, qui dès 2008 étaient à l'origine du projet. Les partenaires industriels français qui soutiennent l'IFCEN sont EDF, Areva et le Bureau Veritas, trois entreprises qui ont placé la Chine au tout premier plan de leurs priorités stratégiques et qui n'ont jamais transigé sur les questions de sûreté.

300 élèves sur les bancs de l'IFCEN

L'IFCEN compte déjà plus de 300 élèves, dont la moitié proviennent de la province de Canton, qui est la province la plus riche et la plus dynamique de Chine. Les autres élèves sont originaires du reste du pays, à raison de 2 à 4 élèves par province. A noter que la proportion de filles s'élève au quart des promotions, taux qui est considéré comme élevé en Chine.

Chaque année, l'IFCEN accueille une nouvelle promotion d'une centaine d'ingénieurs-élèves, tous de nationalité chinoise, qui s'engagent dans un cursus en 6 ans. Les trois premières années sont consacrées au cycle préparatoire, pendant lequel les élèves couvrent le programme de prépa scientifique « à la française » et en langue française. Les cinq premiers mois du cursus sont dédiés à l'apprentissage intensif du français, tandis qu'une équipe de professeurs de mathématiques chinois introduisent auprès des élèves les grands principes de la pédagogie à la française (cours à la craie au tableau, importance des démonstrations, polycopiés à trous, séances d'exercices, interaction avec les élèves). Dès le deuxième semestre, les cours magistraux en sciences sont dispensés en français par des professeurs de mathématiques et de sciences physiques français qui résident sur place ; les TD et les TP quant à eux sont majoritairement dispensés par des professeurs chinois et en langue chinoise. Le programme de sup et spé s'étale ainsi sur trois ans, au terme desquels commence le cycle d'ingénieur.

Le cycle d'ingénieur commencera en septembre 2013 et s'étendra lui aussi sur trois ans, qui se décomposent en un an et demi de tronc commun, suivi d'un an et demi en filière, avec un projet de fin d'études. Les enseignants français et chinois travailleront en binômes pour la préparation des cours, des TD et des TP, avec une montée en charge progressive des Chinois qui feront cours, dans le cadre du transfert d'ingénierie pédagogique. Les élèves de la promotion 2010 obtiendront leur diplôme fin 2016. Deux filières seront proposées aux élèves : génie nucléaire et exploitation des centrales d'une part, matériaux pour le nucléaire et cycle du combustible d'autre part. Il est prévu qu'un nombre conséquent d'élèves puisse venir en France en dernière année de cursus, avec la possibilité d'y effectuer le PFE. Une fois leur diplôme obtenu, ceux des élèves qui voudront poursuivre en thèse y seront encouragés, dans des laboratoires français ou chinois, avec possibilité de cotutelle.

L'IFCEN, un modèle original

Le modèle de l'IFCEN présente quelques particularités qui méritent d'être soulignées. Tout d'abord il s'agit d'une école d'ingénieurs intégralement dédiée au nucléaire civil, qui formera une partie des futurs ingénieurs dont l'industrie nucléaire chinoise aura besoin. Alors que dans la plupart des pays la cartographie des formations nucléaires reste géographiquement éclatée, la Chine se dote ainsi d'une école d'ingénieurs spécialisée dont on ne connaît pas d'équivalent ailleurs. Les élèves sont formés en trois langues : le français d'abord, qui est devenu la langue de travail principale des élèves, le chinois et l'anglais. A leur entrée à l'IFCEN, les élèves ne connaissent pas un mot de français ; cinq mois plus tard, ils entament en français le programme de sup en maths et en physique : c'est dire à quel point les élèves s'investissent à fond dans le cursus. La tête de classe des deux premières promotions fait d'ores et déjà la fierté des professeurs français qui vivent sur place. A l'issue du cursus, les élèves seront trilingues et à même de s'insérer facilement dans les grandes entreprises du secteur que sont la CGNPC, EDF et Areva. Tous les groupes français qui sont implantés en Chine savent quel avantage comparatif les compétences linguistiques apporteront aux futurs diplômés, par ailleurs formés sur le modèle des grandes écoles d'ingénieurs à la française. Le président de la CGNPC, M. He Yu, qui est membre du conseil d'administration de l'IFCEN, a lui-même été en partie formé par EDF en France et, convaincu de l'excellence de la formation dispensée, s'est fait le promoteur résolu de l'IFCEN auprès des autorités chinoises.

A l'occasion de sa visite à l'IFCEN fin 2011, le président d'EDF Henri Proglio avait exprimé devant les élèves sa volonté d'offrir aux cadres chinois de son groupe, dont il souhaite augmenter le nombre, la possibilité d'effectuer des carrières diversifiées, y compris à l'international. Et Brigitte Plateau, s'adressant le 24 octobre 2012 aux trois cents élèves de l'IFCEN, a mis en avant les opportunités d'emploi et de carrière, y compris académique, qui s'offriront aux futurs ingénieurs de l'IFCEN : tous francophones et, peut-on supposer, francophiles, ils constitueront en effet un vivier de choix non seulement pour les entreprises partenaires, mais aussi pour les établissements du consortium qui sauront y repérer de futurs doctorants. Les contributeurs français de l'IFCEN sécurisent ainsi l'avenir de l'industrie nucléaire française en Chine, en participant à la formation des futurs décideurs chinois des prochaines décennies.


mise à jour le 23 novembre 2012

Univ. Grenoble Alpes